Les œuvres « Respublica » et « La Maison aux Personnages » ont bénéficié du soutien du Ministère de la Culture et de la Communication
Dans le cadre du parcours d’art contemporain dans l’espace public proposé par Didier Fiuza Faustino pour Evento, Frédéric Mitterrand a inauguré les 9 et 10 octobre 2009 deux œuvres d’art réalisées à Bordeaux au titre de la commande publique, dispositif piloté et soutenu par le Ministère de la Culture et de la Communication :
- Respublica, œuvre de Nicolas Milhé, artiste d’origine bordelaise, produite par le Frac d’Aquitaine et co-commanditée par la Ville de Bordeaux et le Conseil Régional d’Aquitaine ;
- La Maison aux Personnages, œuvre d’Ilya et Emilia Kabakov, produite par la Cub dans le cadre du programme de commandes publiques en accompagnement de la première phase du tramway de Bordeaux, de 2002 à 2009.
Respublica
Descriptif du projet
À l’invitation des organisateurs d’Evento, première édition d’un projet transdisciplinaire à Bordeaux, le Frac d’Aquitaine a proposé à Nicolas Milhé, dans le prolongement de son exposition monographique et en concertation avec le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine), de concevoir dans le cadre de la commande publique une œuvre vouée à être présentée dans la Ville. Respublica est le résultat d’une collaboration entre l’artiste et les architectes Samira Aït-Mehdi et Sylvain Latizeau de La Nouvelle Agence.
L’œuvre Respublica a été installée, dans un premier temps, sur les quais aux abords de la place des Quinconces, du 9 au 12 octobre 2009, puis dans un second temps, sur les silos à grains qui surplombent le bassin à flot no 1, au Nord de Bordeaux, aux abords du Frac d’Aquitaine, où se tient l’exposition de Nicolas Milhé, Casus Belli, du 2 octobre au 19 décembre 2009. Après la manifestation, l’itinérance de Respublica, appelée à être montrée dans d’autres villes, contribuera à affirmer le statut novateur d’une œuvre d’art public mobile.
L’œuvre
Conçue pour l’extérieur, Respublica est une sculpture lumineuse monumentale, épelant les lettres de son titre. Objet artistique et architectural à part entière, elle soulève nombre de questions sur notre relation à l’environnement, à l’espace public et aux choix politiques qui les régissent.
L’œuvre induit la notion de république et, plus largement, si l’on revient à son étymologie (res publica) à la chose publique. L’œuvre désigne l’évidence pour en ré-interroger le sens.
Ainsi, de l’évidence au questionnement, en passant par le souvenir, le mot s’inscrit dans la conscience et dans l’inconscient ; il réactive la mémoire collective.
L’œuvre Respublica a participé à un événement, dans le cadre d’Evento, s’y est englobé et, en même temps, l’a dépassé. Elle rompt le quotidien d’un lieu, d’un espace, d’un moment. Elle va au-delà de l’effet local ou réducteur, en déployant plusieurs points de vue et en élargissant son champ de vision et de perception. Elle multiplie les sources et les angles de vue.
Une œuvre en mouvement sur deux sites bordelais
Dans un premier temps, Respublica a été installée à proximité de la Fête foraine, sur la place des Quinconces, à hauteur d’homme, pour induire un rapport de proximité.
Les lumières de la ville humanisent notre vie commune au cœur de la Cité. La ville éclairée est une ville intime (elle prolonge les lumières individuelles de chaque foyer). Respublica scintille comme un décor omniprésent à nos réflexions personnelles, et constitue une sorte de patrimoine collectif relevant tout autant de l’intime que de l’universel.
L’œuvre a ensuite été installée vers le point le plus haut au Nord de la ville, sur les silos à grains qui dominent le bassin à flot no 1, à une quarantaine de mètres de hauteur. La lecture de l’œuvre est ainsi différente : prenant de la hauteur, Respublica se positionne comme une enseigne omnisciente et surplombe la Ville et ses alentours. Parfaitement visible depuis l’axe du Port de la Lune, elle devient une œuvre entre terre et ciel, flottant sur la ligne d’horizon, comme pour inciter à élever le propos et considérer la grandeur de ce mot.
L’œuvre itinérante en France et à l’étranger
La Commission Nationale de la Commande Publique, consultée en vue d’un co-financement par l’État, a souhaité une consommation électrique raisonnable du dispositif lumineux et, dans l’esprit véhiculé par son message, que l’œuvre puisse être pérennisée et conçue en amont pour une itinérance (facilités de montage, démontage et transport…).
Ainsi, à l’issue de la manifestation Evento et au terme de la circulation de l’œuvre Respublica à Bordeaux, la Région Aquitaine et la Ville de Bordeaux, co-commanditaires de l’œuvre avec le Ministère de la Culture et de la Communication, s’engagent, avec l’accord de Nicolas Milhé, à faire don de l’œuvre Respublica au Frac d’Aquitaine. Cette proposition sera présentée au Conseil d’Administration de cette institution qui entérinera l’inscription de cette
œuvre dans l’inventaire de sa collection.
Claire Jacquet, Directrice du Frac d’Aquitaine, s’est engagée en qualité de Commissaire et de porteur de projet dans la réalisation de cette œuvre citoyenne. Grâce à l’action de l’institution qu’elle dirige et dans le cadre d’un dialogue fertile avec le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine), partenaires de ce projet de commande publique, la présentation de cette œuvre en bordure de Garonne n’est qu’un point de départ dans sa mobilité et du message fort qu’elle véhicule. Cette œuvre poursuivra, sous le contrôle de cette institution, un ambitieux parcours européen en passant par Paris et Berlin.
Programme autour de Respublica
La médiation et l’accompagnement des publics
Respublica interpelle une large audience et appelle un investissement particulier pour accompagner la rencontre de cette œuvre avec des publics diversifiés.
Deux axes sont abordés par le service des publics du Frac d’Aquitaine, en fonction des spectateurs :
- un nouveau questionnement du sens du mot république ;
- l’architecture, le paysage et, plus généralement, l’inscription de la création contemporaine dans l’espace public.
En dehors d’un programme de médiation classique (visite, dépliant, ateliers pour enfants…) à destination d’un large public, le Frac d’Aquitaine s’attache à concevoir des actions spécifiques et adaptées en fonction de publics ciblés : scolaires – les lycéens en priorité, étudiants, public de proximité (les habitants du Quartier Bacalan où s’ancre la seconde implantation de Respublica, et bien évidemment le public bordelais, l’œuvre rayonnant d’une rive à l’autre.
Vox le journal
Pour prolonger la rencontre avec l’œuvre, le journal Vox, diffusé gratuitement dans le mensuel Spirit du mois de décembre 2009, se fera l’écho de multiples réflexions menées en collaboration avec des étudiants de Sciences Po Bordeaux (ou Institut d’Études Politiques), de l’Ensap et de l’Icart. Textes, dessins et photos s’articuleront autour de l’œuvre et des questions qu’elle soulève.
À la fois ludique et didactique, le journal retracera la création de l’œuvre – de sa conception à sa réalisation -, présentera l’artiste Nicolas Milhé et ses collaborateurs, questionnera la notion de république telle qu’on l’entend aujourd’hui. Il abordera les liens qu’entretiennent l’art et le politique, ainsi que l’art et l’espace public, et interrogera la place de l’artiste dans la société. Il accueillera en fin de rubrique un espace de jeux.
La soirée de lancement du journal Vox aura lieu, au Frac d’Aquitaine le vendredi 4 décembre 2009 à partir de 18 h 00. Un pique-nique est prévu.
Vox, le weblogue
En parallèle au journal Vox, Vox, le blog de Respublica est destiné à accueillir les réflexions du public : une mise à l’épreuve de la République par le public. Il est régulièrement actualisé avec des textes, vidéos, dessins et photos et donne un avant-goût du journal en cours de fabrication.
Vox, le blog de Respublica a été lancé le 17 octobre 2009.
Fiche technique
Enseigne lumineuse, 2009, 3,70 mètres de hauteur x 12,20 mètres de long x 1,30 mètre de profondeur. Aluminium et ampoules Led (diode(s) électro-luminescente).
L’enseigne est réalisée dans un mode d’éclairage proche des systèmes utilisés pour la fête foraine. Le mot Respublica est rédigé en Helvetica, police de caractère standard par excellence. Les lettres sont formées par des caissons d’aluminium et des lampes Led (diode(s) électro-luminescente) en périphérie. Des ogives en plexiglas recouvrent les Led (diode(s) électro-luminescente) pour renforcer l’aspect d’ampoules.
Les éléments de câblage sont abrités de la vue et des intempéries à l’intérieur des caissons. Les lettres sont fixées sur une structure fine en profils d’aluminium boulonnés.
Le dispositif peut être réglé à différents niveaux d’intensité lumineuse pour s’adapter in situ aux différentes configurations spatiales de l’œuvre.
Le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine), qui a co-produit et soutenu à l’unanimité ce projet, se félicite du partenariat avec la Ville de Bordeaux et le Conseil Régional d’Aquitaine, et souligne l’engagement particulier du Frac d’Aquitaine, coordinateur du projet. La réalisation de l’œuvre a été confiée à la Sarl d’architecture La Nouvelle Agence à Bordeaux, maître d’œuvre, et à Art Public Contemporain, producteur délégué.
Financements
- Biennale Evento – Ville de Bordeaux : 30 000 euros et 24 000 euros (ingénierie) soient 54 000 euros ;
- Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine) : 50 000 euros ;
- Région Aquitaine : 20 000 euros ;
- Frac d’Aquitaine (ingénierie) : 15 000 euros.
La Maison aux Personnages
L’achèvement du premier cycle d’un ambitieux programme de commandes publiques autour du tramway bordelais
L’inauguration de La Maison aux Personnages marque une étape importante pour l’action conjointe de la Ville de Bordeaux et de la Cub agissant en étroit partenariat avec le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine) en faveur de la réalisation d’œuvres dans l’espace public. La décision de jalonner le parcours du tramway de Bordeaux d’œuvres d’art a ouvert la voie à une ambition plus grande encore : penser le développement urbain et la transformation de la Ville en inscrivant l’art contemporain comme élément structurant de son évolution.
Bordeaux et la Cub ont formulé le désir d’un patrimoine artistique pour les générations futures, comme gage d’avenir non seulement pour les usagers du tramway mais aussi pour l’ensemble de la population. Le soutien, financier et scientifique, du Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine) est venu épauler cette initiative ambitieuse.
L’exemplarité de l’œuvre d’Ilya et Emilia Kabakov, point d’orgue des commandes publiques destinées à l’aménagement du tramway de Bordeaux, est liée aux excellentes conditions de concertation qui, engagée très en amont, ont permis d’analyser les désirs des différents partenaires. Ces moments de rencontre et d’échanges, très fructueux, ont ainsi crée autour du projet une réflexion.
L’œuvre
Invités pour réaliser leur première commande publique en France dans le paysage urbain, Ilya et Emilia Kabakov ont répondu au thème L’écriture et le récit par le surprenant et poétique projet de La Maison aux Personnages.
La Maison aux Personnages a été envisagée par Ilya et Emilia Kabakov en cohérence avec les bâtiments en pierre qui l’entourent, entre l’échoppe bordelaise et la maison de quartier.
Conçue comme une œuvre totale, La Maison aux Personnages n’est pas une maison comme les autres. C’est un petit musée dans le paysage urbain. Chaque jour, son jardin est traversé par le tramway et ses milliers de voyageurs. Encerclée d’arbres et de buissons, la maison est implantée au cœur d’un square, îlot singulier qui attire la curiosité. Sa surface de 148 m2 est composée d’un rez-de-chaussée et d’un étage, accessible depuis un escalier extérieur.
Sa spécificité réside véritablement dans la vie de chacun de ses locataires imaginaires.
Depuis l’extérieur, il est possible d’observer à travers les fenêtres les différentes pièces de la La Maison aux Personnages. Il s’agit de sept installations, empreintes d’onirisme et de poésie.
En regardant de plus près, le spectateur découvre les étranges occupations de chacun des sept locataires, ainsi que leurs modes de vie. Des textes, placardés sur la façade, permettent aux spectateurs de s’introduire dans leur histoire personnelle et de comprendre qui ils sont.
À leur manière, ils vivent chacun une passion intarissable qui égaie leur solitude. Il y a, par exemple, le petit homme qui ne jette jamais rien et dont la vie est faite d’objets de récupération en tout genre. Un autre raconte sa soif d’inventions, sa fascination pour l’univers cosmique, un autre encore cherche à vivre les destins aventuriers de héros qu’il s’est lui-même créés.
Isolée de son environnement, La Maison aux Personnages développe une approche narrative et imaginaire de la réalité. Elle évoque des passions incroyables, entre rêve et folie.
Invitation au repos et à la contemplation, elle encourage les spectateurs à puiser au fond d’eux-mêmes des sentiments qui, peut-être oubliés, résonnent avec les vies extraordinaires de ces personnages à la fois atypiques et touchants.
Pour Ilya et Emilia Kabakov, La Maison aux Personnages se présente comme un livre ouvert, auquel chacun peut donner le sens qu’il désire. À travers des narrations individuelles, c’est une réflexion universelle sur la condition humaine.
Ce projet émane d’un couple d’artistes russes qui ont quitté leur pays à l’époque où il était très difficile d’y travailler. Leur œuvre, très littéraire, consiste à réaliser des environnements à grandeur réelle très précis, exactement comme si on était dans un appartement, dans un lieu qui a existé et où quelque chose s’est déroulé et auquel nous sommes confrontés : il s’agit en général d’une histoire inspirée ou qui a un rapport avec les grands roman russes (…) les artistes nous proposent tout simplement d’ajouter une maison de plus dans la ville, maison parfaitement banale en proximité avec celles qui l’entourent : certainement pas une création architecturale, mais une maison qui semble toujours avoir existé, là
, explique Alfred Pacquement, Directeur du Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, et Président du Comité Artistique du Programme de Commandes Publiques du tramway de Bordeaux.
Fiche technique
La Cub, avec le soutien de la Ville de Bordeaux et du Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine) ont constitué ensemble en 2002 un comité chargé de définir et d’accompagner le projet artistique en
concertation avec les communes de Pessac, Talence, Cenon et Lormont. Présidé par Alfred Pacquement, Directeur du Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, le comité a rassemblé de nombreuses personnalités du monde culturel, dont Maurice Fréchuret, ancien Directeur du Capc, Hélène Lemoine, amateur d’art (Groupe Sud Ouest), et Bartemeo Mari Gustinet, ancien Directeur du Centre d’Art Contemporain de Rotterdam.
Ensemble, ils ont analysé l’histoire, le potentiel, les habitudes, les besoins des villes et des lieux, avant d’en confier les clefs aux artistes.
Le chantier de La Maison aux Personnages, étalé sur sept mois, a été piloté en qualité de maître d’ouvrage délégué par la Mission Tramway de la Cub.
La construction du bâtiment a été confiée à Dv Construction, la maîtrise d’œuvre déléguée aux architectes Samira Aït-Mehdi et Sylvain Latizeau de la Sarl La Nouvelle Agence, à Bordeaux, et l’aménagement du square urbain confié à l’entreprise Atp.
Les travaux de l’ensemble du programme, d’un montant 1,2 million d’euros, ont été co-financés par la Cub, le Ministère de la Culture et de la Communication (Délégation aux Arts Plastiques – Drac Aquitaine d’Aquitaine) et la :bordeaux.
Études des artistes, Ne jamais rien jeter
Tout ce qui un jour est passé entre mes mains : quittances, boites de bonbons, billets de tramway et de trains, flacons de médicaments, etc, je n’ai jamais pu m’en séparer et les jeter, bien que le simple bon sens m’indiquât que ce n’était que des déchets.
Mais je ne pouvais m’en débarrasser, parce qu’à chaque fois que je tombais sur un objet, je me souvenais immédiatement de toutes les circonstances, de toutes les rencontres, et de toutes les impressions liées à cet objet. Me séparer de ces objets, même des plus inutiles et des plus ridicules ; cela signifiait me séparer des souvenirs eux-mêmes. Or, l’histoire de ma vie n’était faite que d’eux !
Ce n’est pas tout. J’ai commencé à prendre de plus en plus de plaisir dans ce qui devenu ensuite une habitude : j’ai commencé à noter les souvenirs sur des étiquettes spéciales et à les fixer sur les objets correspondants.
Et à les fixer sur les objets correspondants ainsi qu’à les classer par date et par degré d’importance du souvenir. Ma chambre s’est progressivement transformée en musée des collections, et j’en suis très content. Peu importe que pour les étrangers, il ressemble à un tas de déchets : pour moi il est rempli d’images, de passions, de sentiments…
Exemple d’un Cartel de La Maison aux Personnages (extrait)
Source : Drac Aquitaine

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