Ligne à Grande Vitesse Sud-Europe-Atlantique, Alain Rousset maintient la pression

Une semaine après les déclarations de la Ministre de l’Intérieur demandant de stopper les études de la Lgv au Sud de Bayonne, Alain Rousset maintient la pression : il vient d’adresser une lettre à François Fillon, co-signée de tous les présidents des chambres consulaires, prouvant ainsi l’unité de tous les socio-professionnels derrière ce projet.

Voici la lettre dans son intégralité…

Monsieur le Premier Ministre,

En tant que socio-professionnels et élus aquitains nous ne pouvons que nous alarmer du nouveau retard pris par le dossier Lgv. Vous avez en effet suspendu le mois dernier la seconde phase de la mise en compétition des concessionnaires pour la ligne Tours-Bordeaux, reportant de plusieurs mois le début des travaux, et ce contrairement aux engagements que l’État avait pris en début d’année par la voix de son secrétaire d’État aux transports. Vous expliquez cette décision par le défaut d’engagement des collectivités alors que toutes ont délibéré favorablement pour participer au co-financement du projet.

Pourtant, le plan de financement de la ligne Tours-Bordeaux est quasiment bouclé selon les termes du secrétaire d’État aux transports puisque moins de 200 millions d’euros sur 1,4 milliard d’euros demandés aux collectivités restaient en suspens, soit moins de 15% du financement pour la partie Tours-Bordeaux. La baisse des prix dans le secteur de la construction, l’apport supplémentaire des fonds européens dans le cadre du Plan de Relance de la Commission Européenne et les prévisions de rentabilité bien supérieures aux estimations initiales devraient au contraire inciter l’État à accélérer le calendrier initial plutôt que d’exiger un nouvel engagement des collectivités au centime près.

Vous auriez en effet tout intérêt à lancer le plus rapidement possible le chantier pour avoir à la fois un effet relance sur le Btp et une garantie supplémentaire de convaincre Bruxelles et l’Espagne du volontarisme français sur le projet. Nos partenaires européens commencent en effet à douter, ce qui augure mal de l’attribution de crédits supplémentaires conditionnés à un début des travaux en 2010 au plus tard et au caractère transfrontalier du projet.

L’accord déjà obtenu sur la base du Protocole d’intention pour la réalisation de la Lgv Sea, signé par l’État et Réseau Ferré de France le 25 janvier 2007 relevait de la gageure dans un contexte aussi imprécis. La plupart des réserves émises par les collectivités, logiques au demeurant, seront de toute façon levées en fin d’année, une fois connu le résultat des premières études de trafic et déterminé le fuseau de 1000 mètres, la localisation des gares, et les éléments nécessaires au lancement d’un débat public sur la desserte du Béarn et de la Bigorre. Bien évidemment, ceci ne pourra être possible que si les engagements pris en terme de délais sont respectés.

Aussi sommes-nous extrêmement surpris par les propos tenus le 30 mai dernier par Madame Alliot-Marie qui, sans consulter aucune des collectivités qui participent tout de même à 50 % du financement public de la Lgv, annonce la fin des études au Pays Basque. Est-elle mandatée par votre Gouvernement pour stopper l’avancement du projet dans sa section transfrontalière ? Une telle position serait de nature à remettre en question le financement européen qui représente 15% du plan de financement de la ligne Dax-Vitoria.

Reporter sine die les études risque de retarder sérieusement la réalisation de la ligne Bordeaux-Espagne et nous ne pouvons accepter un traitement différencié avec la ligne Bordeaux-Toulouse. La position de la Ministre de l’Intérieur est d’ailleurs loin de faire l’unanimité au Pays Basque et quand bien même les prévisions de trafics seraient inférieures à ce que dit Réseau Ferré de France, attendre la saturation de la ligne actuelle condamne irrémédiablement l’option d’une deuxième ligne de contournement. Si rien n’est fait aujourd’hui pour finaliser les études jusqu’au stade permettant une réservation de l’emprise, l’étalement urbain de l’agglomération basque pourrait bloquer le dossier d’ici peu. Il importe donc de se donner véritablement les moyens de réaliser une deuxième ligne ferroviaire sur la côte basque de façon à ce que les travaux puissent être lancés dès que possible sachant que les études prouvent qu’en 2018 la ligne actuelle sera saturée. Le désastre écologique pour les habitants commence dès aujourd’hui si rien n’est fait.

C’est bien parce que nous considérons la Lgv Sea comme essentielle pour nos territoires et nos entreprises, mais aussi pour la France et l’Europe que nous ne pouvons accepter de nouveaux retards. Nous attendons aujourd’hui en retour que l’État prouve que cette détermination est partagée et qu’il assume sa responsabilité d’aménageur lorsque l’intérêt national et européen l’exige. Il ne s’agit pas seulement de connecter le Sud-Ouest aux réseaux européens de transport, il s’agit aussi d’un geste majeur en faveur du report modal de la route vers le ferroviaire, bien moins polluant et faible émetteur de gaz à effets de serre. C’est sur cet espoir que l’Europe s’est engagée il y a quinze ans de cela, échouer si près du but ne grandirait certainement pas notre pays auprès de ses partenaires européens ni auprès de nos concitoyens qui attendent beaucoup du Grenelle de l’Environnement.

Dans l’attente d’un geste fort de la part du Gouvernement en faveur du projet Grands projets du Sud Ouest dans son intégralité, nous vous prions, Monsieur le Premier Ministre, d’agréer l’expression de nos sentiments distingués.

Alain Rousset, Président du Conseil Régional d’Aquitaine,

Dominique Graciet, Président de la Chambre Régionale d’Agriculture d’Aquitaine,

Maurice Praud, Président de la Chambre Régionale des Métiers et de l’Artisanat d’Aquitaine,

Jean-Marie Berckmans, Président de la Crci.

Source : Conseil Régional d’Aquitaine

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